comparaison

Pour les articles homonymes, voir Comparaison.

Gustave Courbet, La Mer, 1871 – 1872.
La comparaison (substantif féminin), du latin comparatio (« action de comparer »), est une figure de style consistant en une mise en relation – à l’aide d’un mot de comparaison appelé le comparatif – de deux réalités appartenant à deux champs sémantiques différents, mais partageant des points de similitudes, comme dans ce vers de Charles Baudelaire : « La musique souvent me prend comme une mer! » (La Musique, Les Fleurs du mal. Les deux réalités sont appelées le « comparant » (dans cet exemple, le comparant est la mer) et le « comparé » (ici, la musique) partagent en effet au moins un sème en commun (l’ondulation est ici le point commun entre la mer et la musique, toutes deux « berçent » le poète). La comparaison est une figure très courante en littérature, en poésie ou encore au théâtre1.
Contrairement à la métaphore, la comparaison exprime directement ou explicitement le lien symbolique entre les deux réalités comparées, en utilisant souvent un terme de comparaison. La comparaison est la plus célèbre des figures de style, la plus difficile à définir également puisqu’il en existe deux catégories : l’une grammaticale (c’est la « comparaison simple ») et l’autre stylistique (c’est la « comparaison figurative »).
Sommaire [masquer]
1 Exemples
2 Définition
2.1 Définition linguistique
2.1.1 Comparaison simple
2.1.2 Comparaison figurative
2.2 Définition stylistique
2.3 Genres concernés
3 Historique de la notion
3.1 Domaines transverses
3.2 Figures proches
4 Notes et références
5 Annexes
5.1 Articles connexes
5.2 Liens externes
5.3 Bibliographie sur la comparaison
Exemples[modifier]

« (…) le monocle du général, resté entre ses paupières, comme un éclat d’obus dans sa figure vulgaire… » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)
« Ses cheveux sont comme des milliers de fils d’or. »
« Rusé comme un renard » (comparaison populaire)
Définition[modifier]

Définition linguistique[modifier]
La comparaison opère un rapprochement imprévu et non nécessaire entre deux réalités, a priori étrangères l’une de l’autre mais possédant un rapport de ressemblance et de contiguïté sémantique. À ce titre il existe deux acceptations, évoquées par Bernard Dupriez dans son Gradus :
la comparaison simple qui exprime un rapport de similarité entre deux éléments comme dans « Cet arbre est plus beau que les autres ».
la comparaison figurative qui est une figure de style fondée sur le rapprochement de deux éléments qui n’appartiennent pas au même champ lexical mais entre lesquels est établi un rapport d’analogie ou d’image, à des fins poétiques ou herméneutiques comme dans « Il est fier comme un lion ». Dans ce cas, l’effet provient de l’écart par rapport à la norme linguistique. Cette dernière est par conséquent une trope proche de la métaphore.
Comparaison simple[modifier]
La comparaison repose souvent sur le mot comme, néanmoins certains emplois de cette conjonction ne sont pas des comparaisons pour autant, c’est le cas des circonstancielles de cause ou de temps, ou, en tant qu’adverbe lorsque comme marque une exclamation (exemple « Comme il est grand! »). Comme employé comme complément circonstanciel de comparaison n’est pas, également, un comparatif donnant lieu à une comparaison, par exemple dans « Naturellement, c’est comme avec moi, dit Odette d’un ton boudeur… » (Marcel Proust).
Des mots divers peuvent être employés comme substituts de comme 2 et notamment : semblable à, pareil à, de même que ; des verbes comme sembler peuvent également introduire la figure ; des adverbes et conjonctions également : ainsi que, de même que etc. :

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd
(Charles Baudelaire, ‘Chants d’automne’.)
La comparaison simple et la comparaison figurative sont identiques grammaticalement : les mots de liaison sont souvent les mêmes même si certains mots sont néanmoins réservés à la construction grammaticale, en fonction de la nature de la relation de comparaison (voir ci-après) qui sont : de même que, ainsi que, tel, le même, ainsi, si, tant, autant, autre, meilleur, pire, plutôt, moins, d’autant plus, d’autant moins, à mesure, selon, etc.
D’un point de vue grammatical, la comparaison peut s’exprimer selon des moyens divers comme : la subordination : la proposition subordonnée de comparaison appelée aussi comparative joue alors un rôle identique à celui du complément de comparaison qui peut être un substantif ou un équivalent du nom. Néanmoins la nature de la relation (relation de ressemblance) ne permet pas de la considérer à proprement parler comme une subordonnée circonstancielle. La relation peut donc être la ressemblance : « Tu moissonneras comme tu as semé », d’égalité : « Leur bonheur fut bref autant qu’il était rare », ou au contraire de différence « Il est moins riche que je ne le croyais », de proportion enfin : « Il est plus intéressé qu’on ne le pense ».
Certaines comparaisons simples reposent sur une ellipse verbale comme dans « Tel père, tel fils »
L’éventail de moyens grammaticaux est grand, la comparaison simple peut aussi être marquée par :
des mots corrélatifs comme : autant…autant, plus…plus, tel…tel, etc.
des locutions prépositives comme : à l’exemple de…, à l’instar de…, comparativement à, etc.
des adjectifs comme : semblable, analogue, différent, égal, etc.
des verbes comme : avoir l’air de, ressembler à, imiter, paraître, etc.
Comparaison figurative[modifier]
Les réalités doivent avoir en commun au moins un sème proche ; dans l’exemple de Baudelaire, la mer et la musique sont sémantiquement proches car l’une et l’autre peuvent se représenter par des vagues ou des ondes. En ce sens elle ressemble beaucoup à la métaphore qui elle, en rhétorique, fait l’ellipse du terme comparatif. La comparaison peut comparer des idées mais aussi des faits, des actions et des situations.
La figure se décompose en un schéma très régulier qui en facilite l’identification. En effet toute comparaison met en œuvre trois éléments3 :
un comparant ou le phore (ce à quoi est comparé la réalité première)
un comparé ou le thème (ce qui est comparé à la réalité seconde)
un comparatif (ou mot de comparaison, appelé aussi parfois mot-outil)
Leur ordre n’a aucune importance pour consommer la figure, même si le schéma canonique est comparé-comme-comparant, ce qui la distingue de la métaphore qui ne met en scène que le comparant, sans le comparé ni le mot de liaison.
Par ailleurs la comparaison opère toujours dans un domaine positif : elle repose sur une ressemblance et non sur une absence de ressemblance, contrairement à la métaphore dite in abstentia. D’autre part la ressemblance ne peut être que partielle ou du domaine du point de vue particulier du locuteur, sans quoi on parlerait d’une identité (une tautologie par exemple).
Les sèmes qui partagent les deux réalités mises en relation sont également appelés des traits sémantiques et ont à voir avec l’extension des mots qu’ils caractérisent ; le contexte également permet de les identifier et d’accéder à la figure. L’ensemble des sèmes définissent en linguistique le signifié, et c’est ce qui fait que les deux réalités fondant la comparaison se ressemblent : leurs deux signifiés partagent un ou plusieurs sèmes proches. Dans l’exemple de Baudelaire encore une fois le sème du transport de l’âme (le « vague-à-l’âme ») réunit les champs sémantiques de la musique et de la mer.
La comparaison s’appuie souvent sur un point de comparaison, sur un sème explicite et identifié, reposant sur un adjectif ou sur une qualité comme dans :
Le jour entre par la fenêtre
Clair comme la lune
(Denise D.Jallais, Les couleurs de la mer.)
La comparaison peut aussi parfois porter sur une qualité, elle permet alors de mettre en relief une caractéristique des deux réalités comparées sans chercher à les rapprocher sémantiquement. Dans « La Terre est bleue comme une orange », célèbre comparaison de Paul Éluard, aucun sème en commun ne permet de comparer la Terre et la couleur orange du fruit du même nom, mais la figure permet de mettre en relief la couleur bleue de la planète.
Notons enfin que très souvent la comparaison repose sur une image concrète et visualisable. Le comparé peut être abstrait même si c’est rare, mais le comparant est toujours matériel et concret. Dans « Blanche comme lis » par exemple la blancheur (qualité comparée) est rendue sensible par l’évocation d’un objet concret (la fleur de lis, le comparant). On peut donc dire que la comparaison est une image ou trope puisqu’elle rapproche une réalité matérielle et une réalité abstraite, au même titre que la métaphore.
Définition stylistique[modifier]
La comparaison vise de multiples effets : éclairer une idée, illustrer un propos, de frapper l’imagination par l’évocation d’une nouvelle idée ou d’une image spectaculaire (c’est le cas des comparaisons célèbres de San Antonio). En réalité, plus les deux réalités comparées sont éloignées et plus l’image va choquer comme dans la comparaison de Paul Eluard ci-dessus, par le moyen de la tension de la comparaison selon les termes de Daniel Bergez, Violaine Géraud et Jean-Jacques Robrieux, dans leur Vocabulaire de l’analyse littéraire.
Beaucoup de comparaisons sont tellement utilisées qu’elles en deviennent éculées, comme dans « une jeune fille belle comme le jour » ou « Fort comme un lion », la figure est alors très proche du cliché.
La comparaison peut parfois constituer à elle seule tout un poème, comme chez Pierre Ronsard, dans Les amours de Cassandre et dans Les amours de Marie.
Développée sur un texte entier, la comparaison peut confiner au parallèle, surtout dans les textes argumentatifs comme les syllogismes.
En enseignement du français et des Lettres, la comparaison est une figure clé dans la compréhension, dès le collège, des phénomènes d’analogie et de fonctionnement énonciatif (voir liens externes).
Genres concernés[modifier]
La comparaison est majoritairement utilisée en poésie ; Charles Baudelaire notamment a su révolutionner son usage par des images frappantes.
La comparaison est une figure redécouverte et très employée par les poètes de la Renaissance et en particulier de La Pléiade. Joachim Du Bellay dans ses Antiquités de Rome compose ses poèmes sur une multitude de comparaisons :
Comme on passe en été le torrent sans danger
Qui soulait en hiver être roi de la plaine
Et ravir par les champs, d’une fuite hautaine,
L’espoir du laboureur et l’espoir du berger
Les comparants s’enchaînent les uns les autres et forment un tableau qui se déploie et image la ville de Rome.
Historique de la notion[modifier]

Le terme de comparaison apparaît dès 1174, sous la forme de comparisun par Saint-Thomas, au sens de « action de comparer pour faire ressortir les ressemblances et les différences »4. Pour Aristote dans la Poétique, la métaphore et la comparaison sont proches :
« La comparaison est aussi une métaphore : elle en diffère peu ; en effet, quand Homère dit d’Achille : ‘Il s’élança comme un lion’, c’est une comparaison ; mais quand on dit : ‘le lion s’élança’, c’est une métaphore ; comme les deux sont courageux, le poète a pu, par métaphore, appeler Achille un lion »
.
Pour Albert Henry, dans Métonymie et métaphore comparaison et métaphore divergent au contraire : « La comparaison et la métaphore diffèrent dans leur essence même ». Selon lui, la métaphore n’est pas une « comparaison condensée (…) parce que la métaphore exprime autre chose que la comparaison ».
Pour Jean Mazaleyrat et Georges Molinié, dans leur Vocabulaire de la stylistique la structure profonde de la comparaison, comme « micro-structure », est exactement la même que celle de la métaphore mais c’est l’emploi en contexte et dans le discours qui les différencie. Position comparable chez le Groupe µ, qui propose une typologie des configurations contextuelles, montrant que l’on peut passer d’un modèle à un autre, et chez Jean Cohen, à qui on doit un article majeur sur la relation entre comparaison et métaphore.
Bernard Dupriez dans son Gradus évoque deux acceptations différentes : la comparaison simple et la comparaison figurative, distinction que nous reprenons dans cet article.
Domaines transverses[modifier]
En littérature comparée, la comparaison est une méthode fondée sur l’établissement d’analogies (ou passerelles) entre des phénomènes linguistiques (par exemple des formes grammaticales) ou des phénomènes littéraires (topoï notamment), afin de mettre en lumière des ressemblances et des différences significatives s’expliquant par l’histoire littéraire5. On parle aussi de comparaison génétique lorsque l’on veut observer les phénomènes de différences entre des versions différentes d’un même texte au moyen de l’emprunt, en génétique des textes6.
Il existe également des logiciels de comparaison de versions de textes employés en génétique textuelle comme Edite Medite7

Laisser un commentaire